Loi 02/30 · William Hick & Ray Hyman · 1952

Loi de Hick

Le temps de décision croît avec le logarithme du nombre de choix. Chaque option ajoutée se paie en hésitation.

Chaque option ajoutée à un menu, une grille tarifaire ou une page d'accueil se paie en hésitation — et l'hésitation, en ligne, finit souvent en abandon. Formulée au début des années 1950 à partir de lampes et de clés Morse, la loi de Hick met un chiffre sur ce que coûte le choix.

01 · L'origine

Cambridge, 1951. Dans son laboratoire de psychologie appliquée, William Edmund Hick installe dix lampes reliées à des clés Morse : quand l'une s'allume, le sujet presse la touche correspondante, et le chronomètre tourne. L'Américain Ray Hyman affine le dispositif peu après avec une matrice de huit lampes. Leur résultat commun, publié en 1952 puis 1953, est d'une régularité troublante : le temps de réaction ne croît pas proportionnellement au nombre d'alternatives, mais avec son logarithme. En pleine effervescence autour de la théorie de l'information de Shannon, la découverte fait sensation — le cerveau semble traiter les choix comme un canal de transmission, en bits.

Le principe essaime bien au-delà du laboratoire. La marine américaine popularise dans les années 1960 le « KISS » — Keep It Short and Simple —, qui en est la traduction militaire. L'ergonomie s'en empare pour les tableaux de bord et l'électroménager, puis l'informatique naissante pour les menus. Aujourd'hui, la loi de Hick est convoquée dans chaque débat sur la longueur d'une navigation, le nombre d'offres d'une grille de prix ou la densité d'une page d'accueil : partout où l'on est tenté d'ajouter « juste une option de plus », elle rappelle que la décision de l'utilisateur, elle, n'est pas gratuite.

02 · Ce que dit la recherche

La formule canonique, RT = a + b·log₂(n), lie le temps de réaction au nombre n d'alternatives équiprobables — Hick, lui, écrivait log₂(n + 1), l'incertitude incluant la possibilité qu'aucun signal ne survienne. La conséquence pratique est contre-intuitive : doubler les options ne double pas le temps de décision, chaque ajout pèse un peu moins que le précédent. Détail relevé par la littérature : le psychologue E. Roth a montré une corrélation entre le QI et la pente de la droite — les esprits rapides paient chaque option ajoutée moins cher que les autres.

Les limites sont aussi documentées que la loi. Les saccades oculaires et les réponses verbales très familières échappent presque entièrement à l'effet du nombre d'alternatives. Surtout, la loi ne vaut que pour des choix simples et immédiatement lisibles : dès que chaque option exige lecture et comparaison — un menu de restaurant, une grille d'abonnements —, le temps se dégrade bien plus vite que le logarithme. D'où la leçon des praticiens : un menu alphabétique se parcourt plus vite qu'un menu aléatoire, et une hiérarchie claire — le choix probable en avant, le reste derrière — vaut mieux qu'une simple amputation du nombre d'options.

« Augmenter le nombre de choix accroît le temps de décision de manière logarithmique. »

Interaction Design Foundation, « Hick's Law: Making the Choice Easier for Users »

03 · Trois exemples concrets

  • a.

    La télécommande selon Apple

    En 2005, Apple lance l'Apple Remote : six boutons, quand les télécommandes de téléviseurs et de home cinéma en alignaient quarante ou plus. Steve Jobs en fera un argument de scène — la démonstration par l'objet que retrancher des options accélère l'usage. L'industrie a suivi : les télécommandes de l'Apple TV, de Roku ou de Google TV se sont toutes rangées à une poignée de touches, la complexité étant déportée vers l'écran, où elle peut se hiérarchiser.

  • b.

    Google contre les portails

    À la fin des années 1990, les portails comme Yahoo empilent annuaires, météo, horoscopes et actualités sur leur page d'accueil. Google débarque en 1998 avec une page presque vide : un logo, un champ, deux boutons. Une seule décision à prendre — chercher. Cette réduction radicale du choix, à l'exact opposé de la logique de portail, devient l'un des designs les plus efficaces de l'histoire du web et n'a pratiquement pas bougé en un quart de siècle.

  • c.

    Le tunnel de commande en étapes

    Le commerce en ligne a intégré la leçon dans ses tunnels de paiement : plutôt qu'un formulaire unique où tout se décide en même temps, les étapes se succèdent — adresse, livraison, paiement —, une décision par écran. Même logique dans les menus d'Amazon, qui masquent des dizaines de milliers de catégories derrière une navigation hiérarchique progressive : à chaque niveau, l'utilisateur ne fait face qu'à une poignée de choix lisibles au lieu d'un mur d'options.

04 · Appliquée sur ce site

La navigation principale tient en trois entrées ; Blog et Reels ont déménagé dans le footer. Décider vite, c'est d'abord avoir peu à décider.

05 · À l'ère de l'IA

L'IA rebat le jeu du choix dans les deux sens. Côté réduction, la recommandation personnalisée — Netflix, Spotify, Amazon — est une machine à comprimer n : des catalogues de dizaines de milliers de références ramenés à une rangée de suggestions calibrée pour chacun. Côté visibilité, le SEO génératif radicalise l'enjeu : quand ChatGPT, Perplexity ou les AI Overviews de Google remplacent dix liens bleus par une réponse unique, la compétition ne consiste plus à figurer parmi les options mais à être la réponse. C'est la loi de Hick appliquée au marché : le moteur de réponse réduit n à un.

Le paradoxe du moment : l'interface la plus en vogue, le champ de prompt, est aussi le choix le plus vertigineux jamais proposé — un espace d'options infini, sans hiérarchie. La « paralysie de la page blanche » qui frappe les nouveaux utilisateurs d'outils génératifs en est le symptôme direct. Les produits qui convertissent la traitent frontalement : suggestions d'amorces sur l'écran d'accueil de ChatGPT, bibliothèques de modèles chez Canva ou Notion. Guider la première action n'est pas une fioriture d'onboarding, c'est la loi de Hick appliquée à l'infini.

06 · À retenir

  • Une décision par écran : découpez les parcours complexes en étapes séquentielles.
  • Hiérarchisez plutôt qu'amputez : le choix probable en avant, le reste derrière un « plus ».
  • Ordonnez les listes (alphabet, fréquence d'usage) — un ordre lisible vaut des options en moins.
  • Ne laissez jamais l'utilisateur face à un champ vide : suggérez la première action.

07 · Sources